La vie dans les failles

Anthony Ryo

Soudain la route, cet arbre dans la cour, les rochers, les gens s’inscrivent dans une sorte d’éternité fugace. Les poèmes de La vie dans les failles racontent, ou tentent de ressaisir, comment, à un certain moment et en un lieu donné, au bord de la mer ou du fossé, tout s’arrête comme frappé d’évidence, et tout vit.

« Je vois et je me souviens, je me souviens de toutes les fois qu’il m’a été donné de vivre cette intense réalité. Elles viennent de loin, comme des balles lancées depuis longtemps, et elles se rejoignent en cet instant précis. »

  • Stéphane Batigne éditeur, 2019
  • 74 pages
  • 12 x 18 cm
  • ISBN : 979-10-90887-77-0

Extrait

Contre le ciel en ciment
un pan de jour s’écroule et j’entends
des voix balbutiantes dans le terrain,
le terrible terreau des hommes
que les voix peinent à retourner.

On brûle des palettes, on pisse dans la neige,
un vent de Sibérie balaye le chantier ;
les anciens se mettent à chanter
en regrettant le temps des fagots
mais les paroles aussi se sont envolées.

La campagne ne dit plus rien,
le bourdonnement d’une tronçonneuse
rassure un peu dans le lointain
comme s’il y avait toujours une ombre
à retenir dans le refrain.

Le ciel a pris derrière les branches.
Des fissures qui ne vont pas
manquer d’apparaître
un essaim de mouettes s’échappe
en criant comme du verre.

(«Nuit tombante»)

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