Critique des «Frontières liquides» par le collectif ZLL

Une fois n’est pas coutume sur le fabuleux blog du non moins mirifique collectif ZLL, je vais vous rendre compte d’un roman historique. D’abord parce que j’ai eu la chance de rencontrer l’auteur des Frontières liquides dans le cadre somptueux du Salon du livre du château de Comper, à Brocéliande, et que nous avons pu échanger de façon très sympathique. Ensuite, parce que cette conversation m’a suffisamment intrigué pour que je décide de lire ce premier tome d’une future trilogie, intitulée «L’Armée des veilleurs».

Nous sommes donc au IXe siècle, la Bretagne est en plein conflit de succession, et ses frontières à l’est sont menacées par l’ambition des rois Francs. Pourtant, le danger actuel vient de la mer : les redoutables Hommes du Nord, les Vikings, projettent de faire main basse sur l’Armorique affaiblie. Au lieu de nous conter l’affaire d’un point de vue omniscient, géostratégique, Jérôme Nédélec prend le parti de nous immerger aux côtés de la piétaille. Plus exactement, de deux personnages loin des nobles cours et des politiciens. Il s’agit d’un guerrier viking, qui commence à se poser des questions sur le sens de sa vie, et d’un jeune soldat breton chargé, avec une poignée d’hommes, de protéger un gué stratégique vital pour les deux partis.

Les chapitres alternent donc entre les deux points de vue, ce qui a l’avantage de rendre la lecture rapide et rythmée. Autre élément très moderne dans le récit, qui rapproche les personnages du lecteur, c’est le choix du langage, et l’humour délibéré de certaines répliques. Jérôme Nédélec a fait le pari audacieux de bannir les archaïsmes trop fréquents, tout en restant rigoureux dans la description du contexte historique. Du point de vue de l’écriture, c’est un pari difficile, et Jérôme s’en sort à la perfection : on se prend à sourire de certains réflexions et dialogues, et ainsi à éprouver de la sympathie pour les protagonistes, un peu comme dans la série « Kaamelot ».

Les Frontières liquides se révèle donc un très bon roman historique, à la fois original dans son traitement formel, et sérieux et abouti quant à son contexte. Mais pas seulement ! Car vous vous doutez bien que sur ce blog consacré aux littératures de (mauvais) genres, on allait bien trouver un petit quelque chose se rapportant à nos prédilections coupables !

En effet, la trilogie de Jérôme Nédélec comporte une autre dimension, une ouverture vers la fantasy. Mais pas l’heroic-fantasy habituelle que l’on trouve à tous les coins de librairie, à base de resucées faciles de Tolkien, pleine de trolls et de dragons qui servent surtout de deus ex machina à des auteurs convaincus que l’imitation des grands anciens tient lieu de talent et dispense de recherches. Il s’agit plutôt d’un subtil glissement vers le surnaturel, en compagnie des interventions, au fil des chapitres, d’un autre personnage , différent des deux héros déjà évoqués. Une petite fille mystérieuse, dont nous découvrons les pensées intimes qui nous incitent à songer qu’elle est bien plus qu’une gamine adoptée par un couple de commerçants itinérants. En effet, entre les passages narratifs, nous nous retrouvons immergés dans les méditations de ce personnage étrange, et tout l’art de Jérôme Nédélec consiste à nous suggérer des développements surprenants, à distiller des informations qui nous poussent à tourner les pages avec gourmandise !

Dernières nouvelles du front : Tri Nox, nouvelle émanation des éditions Stéphane Batigne, vient de publier le deuxième tome intitulé Les forêts combattantes. Je vous en livrerai la chronique dans quelque temps, mais je gage déjà qu’elle sera enthousiaste !

Critique publiée le 28 octobre 2019 par Lester sur le blog du Collectif ZLL