Lépreux et cacous de Bretagne

Louis Rosenzweig

Depuis toujours, la lèpre effraie, la lèpre répugne.

Rapportée de Terre Sainte par les Croisés, la terrible maladie s’est répandue en Bretagne au XIIe siècle, entraînant des réactions de répulsion, de rejet, de ­violence parfois.

Les lépreux ont été isolés, ostracisés, soumis à une ségrégation extrêmement sévère ­visant à les empêcher de côtoyer le reste de la population. Ces règles se sont ensuite appliquées à leurs enfants, puis à leurs descendants, génération après génération, entretenant ainsi la discrimination de familles entières, les ­cacous.

Archiviste du département du Morbihan de 1855 à sa mort, grand érudit, Louis Rosenzweig (1830-1884) propose dans ce texte de 1871 une étude très complète d’un phénomène qui a perduré en Bretagne jusqu’au début du XXe siècle.

Parution: 12 janvier 2022

  • Stéphane Batigne éditeur, 2022
  • 100 pages
  • 10 x 15 cm
  • ISBN : 9791090887930

Extrait

Il est évident que les cordiers du XIXe siècle jouissent des mêmes droits et des mêmes privilèges que les autres individus, qu’ils sont jugés par les mêmes tribunaux, qu’ils ne sont plus soumis à aucune redevance particulière. Bien qu’il soit de leur intérêt de ne point quitter leurs anciens établissements, il est certain qu’ils peuvent se fixer où bon leur semble. Ils ne courent plus le risque d’être mis à l’index dans les registres de la paroisse ou de la commune, ni d’être traînés sur les chemins après leur mort par un peuple furieux. Il n’en est pas moins vrai, cependant, qu’ils sont encore aujourd’hui, dans nos campagnes, l’objet du mépris général et quelquefois d’une crainte superstitieuse ; qu’ils portent encore le nom injurieux de cacous ; qu’il leur était interdit, il n’y a pas encore bien longtemps, dans certaines églises, de dépasser le bénitier ; qu’on évitait les influences fâcheuses de leur approche, soit en tenant dans la main une pièce de six liards, soit en repliant le pouce sur les autres doigts ; qu’ils se mariaient et se marient, encore de nos jours, presque exclusivement entre eux.