Coup de cœur d’Isabelle Guilloteau pour «Désert indigo» (revue Dissonnances)

Coup de cœur d’Isabelle Guilloteau pour Désert indigo (revue Dissonnances # 35 – novembre 2018)

 

« L’intuition charnelle d’être vivant nous vient au désert ».

Durant des jours et des nuits indigo, Annie Rolland a suivi la caravane des Touaregs, au cœur du Sahara, écoutant le désert à travers le minéral, l’animal, l’humain. De ce voyage, « restitué dans sa dimension imaginaire, la seule qui vaille qu’on prenne la route », est né ce récit nourri de sensations, réflexions, contes et proverbes de ce peuple dont «  la pensée est sculptée par le désert », et dont la « parole voilée », « à l’image d’un paysage d’une beauté incomparable, est un vecteur essentiel du sentiment d’exister ». Dans l’immensité désertique qui contraste avec la densité poétique, le lecteur-voyageur découvre ainsi la poésie Touarègue, « mélancolique et nostalgique, dont les contes sont bâtis sur la violence des sentiments  » et « traversés par cette question lancinante : comment redonner corps au monde ? »

Constante du récit de voyage, la survie est une leçon d’humilité : « on apprend que suivre les traces et observer les signes sont les choses les plus importantes pour trouver ce que l’on cherche et rester en vie », que « l’eau c’est la vie », dans cette langue où l’eau, « Aman », se confond à la vie, « Iman ». Et les dunes façonnées par le vent du Sahara nous enseignent que « toute forme d’ordre orchestrée par les hommes est vaine ».

Omniprésente, la dimension philosophique questionne notre rapport au temps et à l’espace, notre place sur la planète. Ainsi, à travers l’observation des corps dans ce mouvement intrinsèque au désert – « car l’immobilité contient une menace d’anéantissement » – la caravane des nomades devient la métaphore de tous les peuples qui aspirent à vivre.