Rose Ressac

Charles Madézo

« À près de 80 ans, Madezo continue d’écrire radieux, transporté, ardent. Son écriture berce comme elle réjouit, elle est charnelle. Ses phrases sensibles sont les galets de son océan amniotique. « Rose Ressac » se lit comme on laisse le sable couler entre les doigts sur la plage. Pour la rêverie nonchalante, le délice enfantin, le chuintement. Et pour les grandes interrogations métaphysiques. » (Le Télégramme, 17 mars 2017)

Quelque peu égaré dans le sentiment de l’amour, un homme se rend progressivement compte que Louise, l’objet de son investissement amoureux, importe finalement assez peu. L’amour est en lui comme la faim dans le poisson, qui le fait se jeter de leurre en leurre. Une autre femme, la joggeuse en Nike roses, s’imposera sans doute pour prendre la place de Louise.

Et si la mer tient une si grande place dans cette histoire, c’est qu’elle est le véritable objet de sa fascination amoureuse. La mer qui se présente à lui comme une géante au corps magnifique et aux caresses inégalables.

Ce roman hors-normes, à l’écriture débridée, poétique, baroque, traque les stratégies du désir tapi dans l’ombre de l’inconscient.

Comme le note Marilyse Leroux dans sa critique de l’ouvrage: «Que le lecteur ne s’attende donc pas à un voyage linéaire aux balises bien définies mais au contraire à une navigation riche et complexe entre « deux faces confuses de la réalité ». Tout comme le personnage, il devra « rassembler ses repères, ses lignes de fuite, ses angles droits » et se laisser emporter par une prose poétique fluide, sensuelle, charnelle qui ouvre à d’autres mondes en soi, hors de soi, dans une sorte de vertige où les mots, véritables formules magiques, révèlent un fort pouvoir d’incantation. »

Illustration de la couverture: Mariène Gâtineau

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  • Stéphane Batigne éditeur, 2017
  • 148 pages
  • 13 x 20 cm
  • ISBN : 979-10-90887-53-4
  • 12,50 €

Extrait

Et c’est de la tiédeur, de la douceur des emboîtements successifs et soyeux, de la peau partagée soudain consciente des merveilles nocturnes, c’est de ces effarements terribles et somptueux que, depuis le corps qui était Louise et qui était plus que Louise, s’enflait doucement une vague qui levait, montait et se relevait encore, distillant cette plainte, ce chant guttural et cependant très doux, dépourvu de tout autre sens que celui du prochain démaillage de la nuit par les doigts tendres de l’aurore.
[...]
Je me suis recouché près de Louise. Quand nous sommes ainsi l’un contre l’autre, le sommeil nous prend dans une lenteur planante, comme un lait caille, comme une confiture de baies rouges se fige en gel noir. L’air autour de nous s’épaissit, frotte, puis siffle aux narines. Nos corps abandonnés dérivent, nefs sans équipage, et flottent au gré de houles qui les roulent, les enroulent pour les abandonner, terrassés dans l’inconscience de grumes voguant sur les grands fleuves vers la mer. La lumière alors abandonne ses lois diurnes et coagule au ras des corps. L’aubier blanc ruisselle et luit : c’est son épaule. Quant à son visage, c’est un masque d’albâtre sur fond de tourbillons d’encre. Jamais la lumière n’est plus savante dans ses jeux, ses insinuations, ses découpes.